Philippe Dumas à l’honneur aux éditions MeMo
Philippe Dumas à l’honneur aux éditions MeMo
Les éditions MeMo ont publié, cette année, une très intéressante monographie* consacrée à Philippe Dumas. Dans la foulée, fidèle à sa vocation patrimoniale, MeMo a réédité deux livres illustrés par ce grand artiste, La Reine des abeilles, et Colin et Pauline.

Dans les années octante, Etienne Delessert avait eu l’idée de confier quelques célèbres contes du patrimoine européen à des artistes de renom, graphistes, affichistes, photographes ou illustrateurs. Ces albums parurent aux États-Unis, aux éditions Creative, et en France, chez Grasset, où ils constituèrent la mythique collection « Grasset Monsieur Chat ». Rita Marshall, épouse d’Etienne Delessert, en réalisa les maquettes. C’est ainsi qu’en 1984, Philippe Dumas illustra un conte des frères Grimm, La Reine ds abeilles, rejoignant alors Sarah Moon, André François, Roland Topor, Marshall Arisman, Monique Félix et quelques autres sommités de monde artistique dans l’aventure éditoriale de Monsieur Chat. En 2004, Grasset reprit La Reine des abeilles dans un format agrandi. Dans leur version 2025, les éditions MeMo ont repris quasiment le format initial, mais en ont modifié la maquette, donnant une belle importance au blanc de la page, cher à Philippe Dumas, magnifié par le velouté du papier mat discrètement écru qui donne tant d’élégance aux parutions de MeMo. Quant à la couverture, elle reprend celle de l’édition de Grasset en 2004.


Ce qui fait le charme et l’originalité de la lecture, très personnelle de Philippe Dumas, c’est son parti-pris de représenter les princes et les princesses du conte, non comme les sémillants jeunes adultes de la tradition, mais comme des enfants sensibles qui empruntent leurs traits, au charme très émouvant, aux propres neveux de l’illustrateur dont on connaît la maîtrise de l’art du portrait et la propension à s’inspirer des membres de sa famille et de ses décors intimes pour l’illustration de ses livres : souvenons-nous, entre autres, du génial Victor Hugo s’est égaré, d’une si rare virtuosité narrative.
Colin et Pauline parut en 1995, en grand format sur papier glacé, à l’école des loisirs, maison où Philippe Dumas publia la plus grande partie de ses titres pour la jeunesse. MeMo, pour sa réédition, est resté fidèle au format et à la maquette initiaux, mais en a remplacé le papier par un bouffant velouté au blanc cassé, donnant une dimension bibliophilique à l’album.
Le texte de cette délicieuse pochade, malicieux et poétique, a été écrit par la brodeuse et écrivaine Anne Troterau, que Philippe Dumas appelle « Anne Trop Trop » ou encore « Âne Trot Trot », sa discrète et talentueuse complice des savants et drolissimes Portraits-devinettes d’auteurs illustres et de divers livres pour tout petits.
L’album, tout en pentasyllabes, comporte, calligraphié par l’artiste, un ravissant distique par page illustrée et se joue sur deux seules rimes, les finales des deux prénoms. Sur chaque page, une scène peinte représentant les deux enfants, un petit couple exquis, qui se promène dans une nature bucolique et qui rencontre maints animaux, lapin, corbeau, marcassin, cheval, vache, bourdon… L’occasion d’admirer le talent de peintre animalier de Philippe Dumas et sa sensibilité à la nature, et les dons d’écriture, allégresse et simplicité, d’Anne Trotereau.

« Le brave Colin
Pour plaire à Pauline
au bord du ravin
cueille une églantine. »
Deux bijoux éditoriaux.
JK
*cf la recension de Monique Malfait dans le précédent numéro de Lu et partagé.
publié le :04/12/2025
par : Lu et Partagé
Site internet